ANALYSE : La Fintech pour booster la finance inclusive en Afrique

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Du fait de la croissance exponentielle qu’elle connait depuis plusieurs années, l’Afrique est aujourd’hui en amorçage d’une révolution économique majeure : la « Fintech ». L’Afrique, terre promise de la fintech ?

Yann-Cedric Kouamé, Directeur du Financement et Foundraising EIC Corporation

Si ce terme est devenu très tendance et jouit d’une adhésion générale en Afrique, c’est en raison de la démographie du continent. Avec 60% de sa population âgée de moins de 25 ans, l’Afrique est la région du monde ayant une domination de jeunes, des « digital natives », qui contraint tout business model qui se veut viable, à migrer vers une démarche de plus en plus disruptive. C’est dans ce contexte que la fintech évolue au pas de course en Afrique. Avec une moyenne de bancarisation estimée à 10% en 2014, la grande majorité des africains se trouvait exclue du système financier traditionnel. Mais le secteur bancaire africain est le plus touché par la fintech qui s’avère être une solution hautement inclusive pour le système financier continentale, très attaché au « cash. »

L’aventure de la fintech en Afrique a débuté après la vulgarisation et la forte pénétration du téléphone mobile, par le « blue ocean » du transfert d’argent, fortement dominé par des institutions telles que : Western Union et Money Gram. Du côté du secteur public, il y a la Poste qui s’imposait à travers sa grande implantation. Cependant, le transfert d’argent était très mal servi au regard des contraintes liées à la desserte uniquement dans les centres urbains, et les coûts de transactions qui atteignaient dans certains cas près de 10% du montant transféré. C’est justement sur ces deux points que le transfert d’argent via mobile a centré sa stratégie avec une très forte implantation surtout dans les zones rurales et un cost leadership structurellement imparable pour la concurrence (80% moins coûteux que les services traditionnels).

Gestion bancaire et foncière grâce à la fintech

Bien qu’utilisant de la « low fintech », ces entreprises nouvelles de transfert d’argent (Mpesa en Afrique de l’est ou Orange money en Afrique de l’ouest) vont encore pousser l’innovation pour passer de la simple activité de transfert à la création des premiers portefeuilles électroniques du continent. Désormais, les utilisateurs de ce service peuvent accumuler des avoirs sur leur compte mobile dans certaines limites imposées par le régulateur. Ils peuvent faire des achats en ligne ou en magasin, régler des factures en utilisant leur portefeuille électronique. Les principaux utilisateurs de ces services sont paradoxalement en majorité des populations rurales qui en effet n’étaient pas bancarisées. En attendant que les autorités se résignent à l’admettre, nous avons dans le cas d’espèce la naissance des premières banques mobiles du continent.

A ce jour, plusieurs solutions bancaires sont intégrées à ces services mobiles : gestion de trésorerie, solution de gestion de la paie pour la très petite entreprise (TPE)… Il n’y a pas que le secteur bancaire africain qui est en profonde mutation en raison des fintechs. La gestion foncière est un problème majeur dans bon nombre d’Etats africains. Les fintechs se positionnent aujourd’hui comme une piste de solution viable et concrète pour la gestion des patrimoines fonciers. Les Etats africains ont très peu ou pas de suivi correct des cadastres urbains et ruraux. L’identification des terres en plus d’être très fastidieuse est source de tensions communautaires. La contrainte est l’authenticité des titres fonciers existants qui bien trop souvent sont faux.

L’alternative de la blockchain

L’utilisation de la technologie de la blockchain parait être une solution idoine pour ce problème. Le cas du « bitland » une organisation basée au Ghana, qui s’est donnée pour mission de permettre aux institutions et aux personnes privées qui le souhaitent de faciliter l’arpentage de leurs territoires et d’enregistrer leurs actes fonciers sur une blockchain. Issue d’une technologie d’abord appliquée aux bitcoins, la blockchain est un système de partage et de stockage d’informations transparente, publique et sécurisée. Si utilisée à l’échelle continentale, cette technologie en plus de résoudre les conflits fonciers, deviendra le moteur du commerce électronique par l’adressage des terres qui est en réalité un corolaire de son activité principale.

L’Afrique, continent d’agriculture voit grâce à la fintech l’optimisation de sa productivité et de sa chaine de valeur. Les paramètres météorologiques sont vitaux dans l’agriculture telle que pratiquée  en Afrique. La fintech a permis de collecter, d’analyser et de communiquer des informations sur la météo aux agriculteurs. Cette technologie est allée encore plus loin en ajoutant la fonctionnalité de bourse. En effet, il est possible pour les agriculteurs sur cette application ouverte sur androïd d’avoir accès, en temps réel, à des informations relatives à la météo, au prix de vente en détail de leurs produits, aux potentiels acheteurs, ou encore aux lieux où acheter leurs semences. Cette solution a été développée par l’entreprise agricole MFarm Ltd, fondée par les Kényanes Jamila AbassSusan Eve Oguya et Linda Kwamboka.

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