Pour que l’Europe fasse le choix de l’Afrique

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LE CERCLE / POINT DE VUE – Les entreprises françaises et européennes ne profitent pas assez de la croissance à l’oeuvre sur un continent appelé à devenir la zone économique la plus dynamique du monde. Pour redresser le tir, il faut clarifier nos politiques d’aide et s’appuyer sur le secteur privé.

S’il suffisait de croire en l’Afrique pour y croître, les entreprises françaises n’y auraient pas  perdu 50 % de leur part de marché en quinze ans.

C’est une évidence, l’Europe doit faire le choix de l’Afrique. Mais il n’y aura pas d’alliance durable sans consentement mutuel. Or, le Vieux Continent n’est plus son seul prétendant. Certes, l’Europe est le premier investisseur en Afrique et elle est son premier client. Mais elle n’est plus son premier créancier,  dépassée par la Chine depuis une dizaine d’années, qui a déversé plus de 140 milliards de dollars en Afrique.

Les investissements massifs ne sont cependant pas consentis sur la même base que les investissements européens : pas de conditions en termes de gouvernance, de RSE, d’éthique, de respect des droits de l’homme… Mais l’Afrique s’endette beaucoup trop lourdement : compte tenu de la faiblesse des recettes fiscales et de la flambée des taux d’intérêt liées à la baisse des coûts des matières premières, les grands bailleurs redoutent un surendettement du continent.

Pour autant, même si elle est fragile, la croissance est là. Après une année 2016 en demi-teinte, l’Afrique a retrouvé dès 2017 et en 2018 un niveau de croissance de 3,5 %, confirmant la vocation du continent à être la zone économique la plus dynamique des prochaines années.

A l’écart de la dynamique

Et pendant ce temps-là, les entreprises françaises et européennes peinent à s’inscrire dans cette dynamique retrouvée. Leurs parts de marché demeurent atones, quand en parallèle le poids des exportations chinoises vers l’Afrique est passé de 3 % en 2001 à 18 % aujourd’hui. Il est temps de prendre conscience de la nouvelle donne et d’analyser les causes de notre retard.

Entre l’approche condescendante, voire méprisante, des nouvelles autorités américaines et la vision chinoise que d’aucuns qualifient de prédatrice, il revient à l’Europe de définir une nouvelle voie gagnante parce qu’équilibrée et génératrice d’une croissance inclusive et durable.

Pour la mettre en oeuvre, il faut d’abord accepter de revisiter en profondeur la politique européenne de développement encadrée par  l’accord de Cotonou , qui régit la relation entre l’Europe et les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique entre 2000 et 2020.

Moderniser la coopération

Face à l’attentisme de l’Europe et au constat d’inefficacité de cet accord, les patronats africains et européens ont exprimé leur position sur la refonte de leur coopération : les secteurs privés, seuls créateurs de richesses et d’emplois, doivent en effet être mis au coeur des relations entre nos deux continents. Des instruments financiers plus modernes doivent être mis à la disposition de leurs entreprises, des critères de mesure de l’impact des projets inclus dans les appels d’offres et de nouveaux secteurs inclus dans la coopération, tels que les enjeux liés à la transformation numérique.

Il est tout à l’honneur de l’Europe d’avoir opté pour une absence de distinction de nationalités dans les aides qu’elle octroie aux projets de développement – contrairement à ce que pratiquent les autres continents -, mais il est inacceptable de la voir aussi peu attentive à l’impact RSE, éthique et de conformité des projets qu’elle contribue à financer. C’est sur cette logique de développement durable que doit se rééquilibrer la concurrence internationale sur le continent.

S’engager dans la durée

Plutôt que de faire miroiter des plans d’aide au développement aux montants mirobolants, il serait préférable de se concentrer sur leur efficacité et de simplifier les procédures d’allocation des aides, ce fameux mille-feuille dont parle Jean-Yves Le Drian. La complexité des circuits et des délais de mise en oeuvre du soutien européen désespère les dirigeants africains, et ne permet pas de mener la bataille dans des conditions équilibrées. Quand une entreprise chinoise répond à un appel d’offres, son plan de financement est bouclé avec l’aide de structures comme Eximbank.

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