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Afrique du Sud : ZTE rassure ses partenaires sur la reprise à pleine capacité de ses activités

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(Agence Ecofin) – Zhongxing Telecommunication Equipment Company Limited (ZTE), le constructeur chinois d’appareils et d’équipements télécoms, a annoncé, le 20 août 2018, le retour à pleine capacité de ses activités en Afrique du Sud, après la suspension mondiale de ses opérations, survenue au mois de mai dernier.

Dans un communiqué, la société technologique a indiqué que la sanction du gouvernement américain – qui a duré près de trois mois et qui a pu être rapidement levée en juillet dernier après négociations – n’a pas eu d’impact sur les programmes de Recherche & Développement ou les activités futures. 

L’Afrique du Sud, comme le Nigeria, représente l’un des marchés majeurs de ZTE en Afrique. C’est là où l’entreprise présente d’abord ses appareils de téléphonie mobile de dernière génération et ses produits TIC haut de gamme.

Sur ce marché, le constructeur chinois offre également des solutions et équipements technologiques, tout comme son expertise dans le déploiement de réseaux télécoms à haut débit à certains opérateurs télécoms comme MTN ou Vodacom. En 2017, le marché TIC et télécoms d’Afrique du Sud a pesé pour plus de 100 milliards de renminbis (14 553 124 912 dollars US) pour ZTE. 

Dans les autres marchés d’Afrique comme l’Algérie, le Zimbabwe, le Congo, où l’entreprise chinoise a des contrats de développement de réseaux télécoms, de formation ou encore d’assistance technique, le retour au calme avec les Etats-Unis a aussi marqué le déblocage des activités sur lesquelles un doute planait.

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Cameroun : l’industriel Joseph Kadji Defosso s’est éteint

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L’entrepreneur de 95 ans s’est éteint le 23 août en Afrique du Sud des suites d’une longue maladie. Il faisait partie de la première génération des industriels camerounais.

Comme Pierre Castel, il avait fini par créer sa marque bière, la Kadji Beer, par laquelle ses compatriotes l’identifiaient. À 95 ans, l’homme d’affaires camerounais Joseph Kadji Defosso a rendu l’âme jeudi 23 août en Afrique du Sud, où il séjournait pour des soucis de santé.

Ce self made man à l’éducation sommaire fait partie de la première génération des industriels du Cameroun post-indépendance, au même titre que Victor Fotso, André Sohaing, Samuel Kouam. Après avoir débuté dans le commerce des produits alimentaires, il entre de plain-pied en 1972 dans l’industrie en fondant l’Union des brasseries du Cameroun (UCB) qui demeure la troisième entreprise brassicole du pays et le fleuron de son groupe.

Caractère trempé

En quatre décennies, il bâtit un empire qui va de l’industrie brassicole à l’assurance, en passant par l’immobilier, l’hôtellerie, le divertissement (le cinéma), l’industrie laitière, les matières plastiques et la minoterie. En 2016, le magazine Forbes Afrique évaluait sa fortune à 205 millions de dollars. À son actif également, la Kadji Sport Academy (KSA) dont le plus illustre des pensionnaires demeure à ce jour le footballeur Samuel Eto’o Fils.

Ce caractère trempé s’était un temps rapproché de l’opposition camerounaise lors de l’instauration du multipartisme en début des années 1990, avant d’opérer un revirement. Jusqu’à sa disparition, il demeurait le maire de Bana, la localité du pays bamiléké qui l’avait vu naître vers 1923, sous les couleurs du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir).

Les enjeux du sommet Chine-Afrique

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Le 3e sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) se tiendra les 3 et 4 septembre prochains à Pékin sur le thème «La Chine et l’Afrique : communauté de destin et partenariat mutuellement profitable». 

La grande messe comprendra 27 side events dont la 6e Conférence sino-africaine des chefs d’entreprise. Le point de départ se fera sous forme d’un panel de haut niveau  entre les dirigeants chinois et africains et les représentants des milieux d’affaires et des bailleurs de fonds.

Ce sera l’événement le plus important en Chine au vu de la qualité des participants, a fait savoir la diplomatie chinoise.

En plus des 54  délégations gouvernementales africaines représentées au plus haut échelon (chef d’Etat,  chef de gouvernement), le sommet verra aussi la participation du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, l’Union africaine et 26 organisations africaines et internationales.

Dans le menu, l’initiative chinoise baptisée «la nouvelle route de la soie », figure au premier plan.  Une coordination devra donc être établie lors de ce Forum entre cette initiative  chinoise, l’Agenda 2030 du développement durable de l’ONU et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le sommet débouchera sur un Plan d’actions conjoint entre la Chine et l’Afrique 2019-2021 du Forum sur la coopération Chine-Afrique.

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Start-up de la semaine : au Burkina, Glou mise sur les fruits de saison

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Lors de son passage par l’incubateur La Fabrique l’entreprise ouagalaise Agro Deo Gracias, initialement fondée pour commercialiser des boissons (produits laitiers, eau en sachet, jus…), a revu sa stratégie marketing et s’est réorganisée autour des seuls jus de fruits de saison, 100 % naturels.

En ce mois d’août, l’usine de Agro Deo Gracias implantée à Saaba, dans la banlieue est de la capitale burkinabè, tourne à plein. C’est la haute saison pour cette entreprise spécialisée dans la transformation de jus de fruits de saison au Burkina Faso. La douzaine d’employés met les bouchées doubles pour faire le tri, désinfecter des lots de fruits collectés auprès d’un réseau de femmes et d’associations qui cueillent ces produits.

L’équipe de production procède ensuite à la pesée, à l’extraction de la purée ou de la pulpe en respectant des principes de formulation, de mesures des paramètres de temps et de température, avant de stériliser ou de pasteuriser le mélange obtenu et de passer à la mise en bouteille. « Nous chauffons ensuite les bouteilles pour éliminer d’éventuels germes, puis nous étiquetons et emballons le tout pour la vente », retrace Josué Diendéré, responsable adjoint de la production, qui travaille avec sa mère Esther, la fondatrice de l’entreprise.

Ce processus de production semi-industriel permet à l’entreprise de proposer une panoplie de jus de fruits de saison 100 % naturels que la patronne, Esther Diendéré, supervise de bout en bout alors que son téléphone ne cesse de sonner. « C’est un nouveau  distributeur qui peut passer une commande de 100 cartons, soit 750 000 F CFA [1 143 euros] », explique l’ex-enseignante en Sciences de la vie et de la terre du lycée protestant de Ouagadougou.

Un accompagnement productif

Aussitôt la vente conclue, le tricycle, peint aux couleurs de la société et estampillé « Hé la Glou, tu es fraîche » se met en branle pour la livraison. « Nous sommes en train de constituer un réseau de grossistes, chargés d’écouler nos produits dans les supermarchés, principalement à Ouagadougou et dans les grandes villes du pays », explique Esther Diendéré.

Si la chef d’entreprise de 55 ans, accompagnée depuis 2016 par la Fabrique, l’incubateur burkinabè des entrepreneurs sociaux dans le cadre d’un programme dénommé « L’Occitane pour elles » initié par la Fondation Occitane, tient à nous faire une visite guidée, c’est pour montrer le bond en avant que sa société a réalisé en quelques mois.

Fondée au début des années 2000, l’entreprise Agro Deo Gracias s’était en effet d’abord spécialisée dans la transformation des produits laitiers, l’eau en sachet et les jus. « L’idée de fonder une entreprise a germé lors des travaux pratiques que j’effectuais avec les élèves sur la transformation des matières premières locales. Mon objectif : faire de l’entreprise un lieu d’apprentissage pour ceux qui désirent se lancer dans la valorisation des produits locaux », explique la biochimiste titulaire d’une maîtrise de l’Université de Ouagadougou, qui veut désormais s’attaquer à de nouveaux marchés et faire pénétrer ses jus dans les habitudes.

Revoir le marketing

Et rattraper son retard sur les concurrents comme Delicio ou la Manne, pour devenir leader de son secteur « grâce à notre utilisation de fruits frais sans additifs, ni produits chimiques », précise-t-elle. Cette métamorphose est passée par le lancement, au début de l’année, de la marque Glou et par la réorganisation du circuit de vente et de distribution, notamment via la création d’un site web donnant la possibilité de passer des commandes en ligne : www.agrodeogracias.bf.

« Ces innovations ont fait exploser les ventes et de plus en plus grossistes passent des commandes », assure Anne-Claire Longour, chargée d’accompagnement à la Fabrique, qui salue une démarche d’incubation aboutie. « Au début, Mme Diendéré avait pourtant du mal à comprendre notre méthode et se focalisait sur la demande de financement, se rappelle la chargée d’accompagnement. Nous avons freiné cet élan pour diagnostiquer ensemble les goulots d’étranglement de l’entreprise, par exemple la répartition peu claire des tâches, et développé la stratégie de commercialisation des produits. »

Avec une capacité de production de 40 cartons par jour, Agro Deo Gracias atteint son pic de vente durant les fêtes, notamment grâce à ses jus de mangue. « Les clients viennent eux-mêmes s’approvisionner à l’occasion d’événements comme les mariages, observe Anne-Claire Longour, pour qui la principale difficulté tient à la saisonnalité de la production. « Les clients ont du mal à comprendre pourquoi les produits ne sont pas disponibles toute l’année », regrette-t-elle.

Une nouvelle usine en construction

Installée dans un modeste local sur une superficie de 1 012 mètres carrés, la start-up est aujourd’hui à un tournant décisif de son évolution. « Le passage par l’incubateur de la Fabrique a permis de réorganiser nos activités, de doter Agro Deo Gracias d’une vision à partir d’un diagnostic situationnel et surtout de se recentrer sur la transformation des jus de fruits de saison », résume Esther Diendéré, qui estime que ce soutien lui a permis en 2017 d’engranger un chiffre d’affaires de plus de 50 millions de F CFA et de tabler 60 millions de F CFA pour 2018, « alors qu’on était à moins de 40 millions de chiffre d’affaires annuel avant d’intégrer l’incubateur », précise la chef d’entreprise.

Un consortium de bailleurs dont l’Agence de financement et de promotion des PME, Coris Bank International et le Fonds burkinabè de développement économique et social lui donne l’occasion de voir encore plus grand en lui permettant de mobiliser plus de 115 millions de F CFA pour la construction d’un site de transformation aux normes agroalimentaires et l’acquisition des équipements. Une subvention de 21 600 euros accordée par l’entreprise française Sogea Satom a en outre permis à la société de finaliser les travaux de son atelier de production et d’installer un groupe électrogène.

Le passage par la Fabrique a donné l’envie à Esther Diendéré de continuer à améliorer ses compétences de gestionnaire. Elle a donc intégré un master en leadership et management des organisations.

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ANALYSE : La Fintech pour booster la finance inclusive en Afrique

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Du fait de la croissance exponentielle qu’elle connait depuis plusieurs années, l’Afrique est aujourd’hui en amorçage d’une révolution économique majeure : la « Fintech ». L’Afrique, terre promise de la fintech ?

Yann-Cedric Kouamé, Directeur du Financement et Foundraising EIC Corporation

Si ce terme est devenu très tendance et jouit d’une adhésion générale en Afrique, c’est en raison de la démographie du continent. Avec 60% de sa population âgée de moins de 25 ans, l’Afrique est la région du monde ayant une domination de jeunes, des « digital natives », qui contraint tout business model qui se veut viable, à migrer vers une démarche de plus en plus disruptive. C’est dans ce contexte que la fintech évolue au pas de course en Afrique. Avec une moyenne de bancarisation estimée à 10% en 2014, la grande majorité des africains se trouvait exclue du système financier traditionnel. Mais le secteur bancaire africain est le plus touché par la fintech qui s’avère être une solution hautement inclusive pour le système financier continentale, très attaché au « cash. »

L’aventure de la fintech en Afrique a débuté après la vulgarisation et la forte pénétration du téléphone mobile, par le « blue ocean » du transfert d’argent, fortement dominé par des institutions telles que : Western Union et Money Gram. Du côté du secteur public, il y a la Poste qui s’imposait à travers sa grande implantation. Cependant, le transfert d’argent était très mal servi au regard des contraintes liées à la desserte uniquement dans les centres urbains, et les coûts de transactions qui atteignaient dans certains cas près de 10% du montant transféré. C’est justement sur ces deux points que le transfert d’argent via mobile a centré sa stratégie avec une très forte implantation surtout dans les zones rurales et un cost leadership structurellement imparable pour la concurrence (80% moins coûteux que les services traditionnels).

Gestion bancaire et foncière grâce à la fintech

Bien qu’utilisant de la « low fintech », ces entreprises nouvelles de transfert d’argent (Mpesa en Afrique de l’est ou Orange money en Afrique de l’ouest) vont encore pousser l’innovation pour passer de la simple activité de transfert à la création des premiers portefeuilles électroniques du continent. Désormais, les utilisateurs de ce service peuvent accumuler des avoirs sur leur compte mobile dans certaines limites imposées par le régulateur. Ils peuvent faire des achats en ligne ou en magasin, régler des factures en utilisant leur portefeuille électronique. Les principaux utilisateurs de ces services sont paradoxalement en majorité des populations rurales qui en effet n’étaient pas bancarisées. En attendant que les autorités se résignent à l’admettre, nous avons dans le cas d’espèce la naissance des premières banques mobiles du continent.

A ce jour, plusieurs solutions bancaires sont intégrées à ces services mobiles : gestion de trésorerie, solution de gestion de la paie pour la très petite entreprise (TPE)… Il n’y a pas que le secteur bancaire africain qui est en profonde mutation en raison des fintechs. La gestion foncière est un problème majeur dans bon nombre d’Etats africains. Les fintechs se positionnent aujourd’hui comme une piste de solution viable et concrète pour la gestion des patrimoines fonciers. Les Etats africains ont très peu ou pas de suivi correct des cadastres urbains et ruraux. L’identification des terres en plus d’être très fastidieuse est source de tensions communautaires. La contrainte est l’authenticité des titres fonciers existants qui bien trop souvent sont faux.

L’alternative de la blockchain

L’utilisation de la technologie de la blockchain parait être une solution idoine pour ce problème. Le cas du « bitland » une organisation basée au Ghana, qui s’est donnée pour mission de permettre aux institutions et aux personnes privées qui le souhaitent de faciliter l’arpentage de leurs territoires et d’enregistrer leurs actes fonciers sur une blockchain. Issue d’une technologie d’abord appliquée aux bitcoins, la blockchain est un système de partage et de stockage d’informations transparente, publique et sécurisée. Si utilisée à l’échelle continentale, cette technologie en plus de résoudre les conflits fonciers, deviendra le moteur du commerce électronique par l’adressage des terres qui est en réalité un corolaire de son activité principale.

L’Afrique, continent d’agriculture voit grâce à la fintech l’optimisation de sa productivité et de sa chaine de valeur. Les paramètres météorologiques sont vitaux dans l’agriculture telle que pratiquée  en Afrique. La fintech a permis de collecter, d’analyser et de communiquer des informations sur la météo aux agriculteurs. Cette technologie est allée encore plus loin en ajoutant la fonctionnalité de bourse. En effet, il est possible pour les agriculteurs sur cette application ouverte sur androïd d’avoir accès, en temps réel, à des informations relatives à la météo, au prix de vente en détail de leurs produits, aux potentiels acheteurs, ou encore aux lieux où acheter leurs semences. Cette solution a été développée par l’entreprise agricole MFarm Ltd, fondée par les Kényanes Jamila AbassSusan Eve Oguya et Linda Kwamboka.

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Jean-Louis GUIGOU et Pr Alioune SALL : « Le partenariat gagnant-gagnant entre l’Europe et l’Afrique n’est pas une option mais un impératif ! »

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Comment refonder la relation Europe-Afrique dans une perspective de partenariat « gagnant-gagnant » ? En finir avec la prédation des matières premières africaines ? Passer de l’aide à l’investissement pour une transformation structurelle des économies africaines… autant de questions – et d’esquisses de réponses – abordées dans cette tribune cosignée par deux experts internationaux.


Tribune libre, par Jean-Louis GUIGOU [1] et Pr Alioune SALL [2]

« Réunis en juillet aux Rencontres d’Aix-en-Provence, des économistes de renom ont exprimé, avec une désarçonnante humilité, leurs doutes et leur impuissance devant l’accumulation des risques – inégalités croissantes, robotisation, réchauffement climatique, migrations, stagnation en Europe… – qui alimentent les angoisses et font progresser les populismes en Europe, particulièrement au regard de notre relation au continent africain.

L’heure ne devrait cependant pas être au découragement qui empêche de voir les opportunités.

La négociation en 2019 et 2020 des accords post-Cotonou redéfinissant les relations économiques et politiques entre l’Afrique et l’Europe pour les quinze prochaines années (2035) est l’une de ces opportunités ; elle constitue, avec les questions climatiques, une variable importante pour l’avenir à moyen et long terme des deux continents. À quelles conditions ? C’est à cette question que nous répondons ici.

Conceptualiser le développement comme une intégration

Les débats sur les relations entre l’Afrique et l’Europe sont dominés par des logiques comptables – qui gagne, qui perd ? – ou par des logiques polarisantes (afro-optimistes/pessimistes) dans le cadre d’un paradigme du développement aujourd’hui fortement contesté.

Nombreux sont en effet les analystes qui pensent que l’économie de marché et la démocratie, concepts centraux de ce paradigme, sont moins solides qu’on pouvait le penser mais surtout qu’ils peuvent prendre des contenus différents selon les contextes locaux. Il est dès lors souhaitable de penser l’avenir autrement : moins en termes de performances dans un classement international, qu’en termes de modèle culturel en sachant qu’un modèle est toujours à la fois original, unique, évolutif et susceptible de s’appliquer a des groupes de toutes tailles. À la logique de développement, il faut substituer celle de partenariat, où le « gagnant-gagnant » est la règle et où le sens de la responsabilité partagée constitue le trait dominant, plus que la condescendance ou la charité.

Ce nouveau paradigme signifie qu’il faut en finir avec les seuls accords tarifaires et commerciaux (Lomé et Cotonou) des années 1980. En finir avec la prédation, voire le pillage des matières premières sans transformation sur place. En finir avec les aides et la charité des Européens, comme le réclamait le Président du Ghana, recevant le président Macron le 29 novembre 2017 à Accra, car les aides, y compris celles dites d’urgence, sont susceptibles d’entretenir la dépendance, voire la corruption et la mauvaise gouvernance.

Il faut passer de l’aide à l’investissement pour une transformation structurelle des économies et sociétés africaines et européennes, qui embrasserait d’un même regard les dimensions économiques, sociales, politiques, environnementales, culturelles et technologiques de la relation Europe/Afrique.

L’on cesserait alors de dissocier la croissance démographique africaine de l’industrialisation du Continent ; l’on cesserait également de dissocier les délocalisations, appauvrissantes si elles sont mal conçues, de la nécessité de penser en termes d’intégration durable l’ensemble que constitue l’AME – l’ensemble Afrique-Méditerranée-Europe. Cette intégration en profondeur devra se réaliser dans les deux sens, avec des investissements du Nord vers le Sud mais aussi du Sud vers le Nord. Elle donnera la pleine mesure de son potentiel lorsque, parallèlement aux investissements européens en Afrique, l’on verra des chefs d’entreprise méditerranéens et africains venir développer leurs activités en Europe et y créer des emplois, à l’instar d’Issad Rebrab, l’entrepreneur algérien qui a notamment sauvé l’entreprise française Brandt.

Des messages politiques forts de « commune 
volonté de vie commune »

Un de ces messages politiques forts est que le partenariat n’est pas une option mais un impératif. En effet, si les tendances actuelles se poursuivent, l’arrivée massive de migrants – peu importe qu’ils soient appelés économiques ou climatiques – générera de redoutables réactions sociales et politiques en Europe. La tentation du tout-sécuritaire portée par certains groupes ne résoudra pas les problèmes car la forteresse est la forme de défense la plus coûteuse de l’ordre marchand ou capitaliste, et alimentera un sentiment anti-européen.

À l’inverse un partenariat intelligent contribuera à construire de nouveaux équilibres, plus dynamiques, et plus bénéfiques pour les parties concernées. Des capacités renforcées de gestion et de pilotage stratégique des économies et sociétés par les élites africaines devraient avoir une incidence positive sur les relations euro-africaines ; les migrations pourront être maîtrisées avec une Europe vieillissante bénéficiant de la jeunesse des populations du Sud qui trouveraient là des opportunités d’emploi décent. La défense des valeurs communes s’en trouverait facilitée.

Pour donner corps à cette idée, il faut commencer par affirmer un destin commun « L’arrimage des deux continents Africain et Européen à travers la Méditerranée… pour créer un axe intégré Afrique/Méditerranée/Europe (AME) », pour reprendre les propos d’Emmanuel Macron, est une idée intéressante en ce que, aux antipodes d’un monde disloqué et sans solidarité, l’AME pourrait être un lieu où un dialogue fécond peut se nouer, nourri par la proximité, la complémentarité et la communauté d’intérêts face aux défis actuels et à venir (terrorisme, réchauffement climatique, migrations). Cette AMEdécalquerait, avec trente ans de retard, l’arrimage des deux Amérique et celui des pays du bloc asiatique, de loin les plus intégrés. Reste à faire naître un désir d’Afrique en Europe et un désir d’Europe en Afrique : « Une commune volonté de vie commune », comme dirait Ernest Renan.

Des priorités opérationnelles pour l’après-Cotonou

 L’opportunité que présente la négociation en 2019 et 2020 des accords post-Cotonou a déjà été évoquée. Il pourrait en sortir de nouvelles priorités pour l’AME. Parmi celles-ci devrait figurer l’investissement massif pour la création et le développement de filières régionalisées, euro-africaines – pour l’énergie, la chimie, les équipements, la santé, la logistique. Il en est de même pour des filières territorialisées – pour la sécurité alimentaire, l’eau, le traitement des déchets et la protection de l’environnement –, susceptibles de créer des emplois au Sud comme au Nord, de gagner en compétitivité par une meilleure allocation des facteurs de production et enfin de réduire les migrations définitives au profit d’une mobilité généralisée.

Un défi de taille sera la nécessité, pour les entreprises européennes, de présenter une réelle valeur ajoutée, notamment par rapport aux offres des opérateurs chinois (privés et publics). En effet, grâce aux routes de la soie vers le sud ainsi qu’à la réalisation des grands projets d’infrastructure dont l’Afrique a tant besoin et à la mise en place de Zones Économiques Spéciales (ZES), la Chine, premier pays manufacturier du monde, est devenue en trente ans un acteur majeur sur la scène africaine.

Les entreprises européennes doivent dès lors présenter des offres attractives. Emprunter un tel chemin est difficile pour des entreprises qui bénéficiaient d’une « rente historique », mais n’est-ce pas « dans le difficile que se trouve le chemin », comme le suggérait le philosophe danois Søren Kierkegaard ? Si oui, les pistes ne manquent pas, dans lesquelles une coopération euro-africaine renforcée serait bénéfique pour tous.

Il en est ainsi des questions climatiques sur lesquelles les deux continents doivent développer un plaidoyer plus vigoureux pour un nouveau modèle de production économe en énergie fossile, privilégiant le solaire et les renouvelables. Il en est ainsi du modèle de coproduction (ou co-localisation) : fondé sur le partenariat avec des acteurs locaux, permettant le transfert de technologies et le partage de valeur ajoutée, ce modèle est particulièrement indiqué pour les relations au sein de l’AME. Il en est ainsi de la responsabilité sociale et environnementale, qui en constitue le pendant, et qui doit apporter un plus par rapport à l’offre des entreprises des pays émergents d’Asie, d’Europe et des Amérique.


Valoriser les diasporas européennes en Afrique, 
et africaines en Europe

Enfin, si le principe de subsidiarité dicte de laisser l’Afrique aux Africains, l’Europe aux Européens et de redistribuer les activités de production en fonction des impératifs économiques, environnementaux et sociaux du développement durable, l’on aurait tort de ne pas valoriser les diasporas européennes en Afrique, et africaines en Europe, pour concrétiser ce projet.
À partir de ces trois principes – destin partagé dans la grande région AMEsolidaire, intégration par la redistribution de l’appareil productif, offre de coproduction dans de nouvelles filières – un nouveau contrat Europe-Afrique pourrait et devrait être signé.

Pour donner la pleine mesure de son potentiel, ce nouveau traité devrait comporter, a tout le moins, quatre instruments : un outil intellectuel sous forme d’une fondation – ce pourrait être la Verticale AME –, véritable creuset du dialogue des pays européens, des pays méditerranéens et des pays africains ; un outil financier intercontinental pour assurer la mobilité des capitaux et la sécurisation des investissements ; un outil économique pour encourager la redistribution de l’appareil de production et la coproduction dans des filières régionalisées inscrites dans des ZES ; enfin un instrument politique de concertation entre les États de la grande région AME.

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Le prochain Nobel d’Economie 2018 sera-t-il africain? Ce n’est pas impossible…

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(Agence Ecofin) – L’économiste togolais Samuel Mathey, promoteur du concept « Entreprendre à Zéro Franc » (EZF) est en lice pour décrocher ce prix. En effet, selon des sources proches de cet entrepreneur établi en Côte-d’Ivoire, celui-ci a introduit son dossier de candidature au Comité Nobel, plus exactement à Madame Tuula Elf. S’il décroche ce prix, il fera flotter le drapeau togolais sur le toit de l’intelligentsia mondiale dans les domaines de la science et de l’innovation économiques.

Les informations indiquent que celui-ci a développé le concept EZF dans une quinzaine de pays sur le continent africain et a déjà formé  plus de cent mille (100 000) jeunes et femmes à ce modèle dans quatre langues à savoir le français, l’anglais, le portugais et l’arabe. Entre autres pays touchés, il y a le Ghana, la RDC, le Mali, Madagascar, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, le Niger, le Cap-Vert, le Benin, le Sénégal, le Liberia, le Nigeria, l’Angola et le Togo. L’objectif affiché par celui-ci est de mettre les jeunes Africains à l’abri de la tentation de rallier l’Occident et de viser un « Eldorado » imaginaire au péril de leurs vies.

I comme Innovations

Selon Dr Samuel Mathey, « 35.3 » et « EZF » constituent la panacée à la problématique de l’emploi des jeunes en Afrique. « L’initiative 35.3 est née d’un constat très simple. Aujourd’hui, les États africains n’ont pas véritablement de solutions pour l’emploi des jeunes. La solution d’excellence qui apparait pour les États, c’est l’entrepreneuriat ou l’auto-emploi. Par exemple, la Côte d’Ivoire produit près de 10 000 étudiants en fin de cycle chaque année dans les universités, sans compter les grandes écoles et les gens qui sont en chômage technique, etc. Véritablement, l’emploi apparaît comme l’un des problèmes clés des États Africains. On nous dit également que d’ici à 2050, on aura plus d’un milliard de jeunes à travers l’Afrique. Au niveau de notre Fondation, nous avons fait des études qui corroborent d’autres études qui démontrent que les trois problèmes majeurs qui empêchent les jeunes d’entreprendre, c’est premièrement, l’accès aux fonds et à l’investissement ; deuxièmement, la fiscalité et les impôts ; et troisièmement, l’accès aux contrats et aux marchés », détaille-t-il sur le site d’informations, www.afrikatech.com/fr.

S comme Synergie d’actions

Pour vulgariser la technique EZF (Entreprendre à partir de Zéro franc), l’aspirant prix Nobel de l’Economie a organisé en faveur de sa cible, une série de formations sur comment démarrer son entreprise, même sans financement. « Pour résoudre le problème de l’accès aux marchés, nous avons mis en place le « matching ». C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous avons une base de données, où on met en contact le jeune Ivoirien avec le jeune Sénégalais ou le jeune Sud-Africain qui crée une entreprise pour qu’ils forment un genre de holding et puissent compétir avec des entreprises plus consistantes. Parce que le grand handicap pour les jeunes dans l’accès aux marchés, c’est le fait qu’on leur reproche de ne pas avoir d’expériences », soutient-il.

P comme un parcours académique et professionnel des plus brillants

 Dr Samuel Mathey a des atouts à faire valoir, à l’appui de ses prétentions. Tant sur le plan académique qu’au cours de son parcours professionnel. Après son Master décroché en France, l’économiste togolais a été le premier étudiant à obtenir un titre de Docteur en Amérique suite à une évaluation via Skype. Docteur en économie,  il a donné des cours aux Etats Unis, et collaboré avec de grands cabinets de conseil, d’audit et d’expertise comptable (notamment KPMG et PwC). Il a également été consultant pour Sinoconnect, l’un des instruments stratégiques de l’action économique de la Chine aux Etats-Unis et au travers duquel la Chine sélectionne les start-up américaines de secteurs-clés où elle n’hésite pas à prendre des actions. 

 Il a, par la suite, quitté l’Université de Nancy où il était professeur pour rentrer en Afrique et créer les concepts EZF et FADEDE (Fondation africaine pour l’entrepreneuriat et le développement économique). Il collabore avec la Banque africaine de développement et avec des gouvernements africains. Il fut membre de plusieurs associations, notamment le Black MBA Association, puissante organisation regroupant l’intelligentsia du business noir américain. Il est le président fondateur de la Fondation pour l’Entrepreneuriat en Afrique, une initiative qui fait la promotion du concept de son dernier ouvrage sur l’Entrepreneuriat à Zéro Franc (EZF).

Séna Akoda

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TagPay booste sur l’Afrique

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(Cio Mag) – Cette startup trace son sillon dans le secteur du mobile-banking. Tagpay, fondée par Yves Eonnet, a annoncé une levée de fonds de 2 millions d’euros auprès de la Société Générale. Tagpay poursuit ainsi sa montée en puissance à destination du marché africain. 

Yves Eonnet est un patron autant discret qu’efficace. Peu présent dans les médias, mais son entreprise TagPay ne manque pas de faire parler d’elle. C’est en plein cœur de l’été que cette startup, spécialisée dans les fintechs, a annoncé une augmentation de son capital par un investissement massif de la Société Générale. Ainsi, la célèbre banque française porte sa participation au sein de cette entreprise à hauteur de 3 millions d’euros. «Cet investissement nous permettra de créer d’autres technologies de plateformes de mobile-banking à travers le monde», réagit Yves Eonnet. Par cet investissement, la banque française confirme aussi son regain d’intérêt pour le continent africain. «Nous avions déjà passé un contrat dans le cadre de la création de la plateforme YUP», affirme-t-on du côté de la banque française.  Ainsi, la plateforme revendiquait jusqu’à près de 30 000 comptes ouverts au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Jusqu’où peut aller Tagpay ?

Présente dans une trentaine de pays du continent africain, Tagpay lorgne désormais vers la Corne de l’Afrique. «Il y a quelques semaines, nous avons effectué une prospection en Erythrée. Cela fait 10 ans que nous attendions d’avoir la possibilité de nous y rendre», dit Yves Eonnet. L’idée d’un partenariat avait germé avant un coup d’arrêt en raison des tensions avec le voisin éthiopien. Mais l’arrivée d’Abiy Ahmed au poste de Premier ministre en Ethiopie a bouleversé positivement les équilibres dans la région. « En Erythrée, nous étions assez attendus. Ceux avec qui nous avions pris contact il y a 10 ans, nous les avons rencontrés. Et j’ai été assez surpris quand ils m’ont ressorti sur papier notre dernier échange de mail qui date de 10 ans auparavant!», raconte Yves Eonnet avec étonnement.

Un modèle à votre goût

La clé du succès de TagPay repose sur l’adaptabilité du modèle. «Récemment, une structure bancaire de Namibie nous a contacté. Elle nous a fourni par mail un cahier des charges  précis des technologies et autres modules qu’il voulait qu’on intègre dans la conception de la plateforme. Puis nous réalisons leur commande sur la base de ces données », nous explique Yves Eonnet. Ce succès rend TagPay adaptable à tout type de besoins sur tous les continents. Ce procédé leur a permis d’engranger 2,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 et 59 millions d’opérations réalisées.

Monde Créer plus d’emplois pour les jeunes en Afrique

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Le Directeur général de la FAO souligne cette nécessité

Les jeunes Africains sont essentiels à la réalisation du développement durable du continent, mais pour exploiter ce grand potentiel, il faut créer plus d’emplois, notamment dans les secteurs de l’agriculture de plus en plus numérisé, a déclaré lundi le Directeur général de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), José Graziano da Silva.

« Nous devons agir pour rendre l’agriculture plus attrayante pour les jeunes. Ils doivent percevoir l’agriculture comme un secteur rémunérateur et rentable et la diffusion des Technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les zones rurales joue un rôle important à cet égard », a indiqué M. Graziano da Silva.
Le Directeur général de la FAO a fait ces remarques à l’ouverture à Kigali, au Rwanda, de la Conférence internationale sur l’emploi des jeunes dans l’agriculture, en tant que solution solide pour mettre fin à la faim et à la pauvreté en Afrique. Cet événement de deux jours, co-organisé par le gouvernement rwandais, l’Union africaine et la FAO, met l’accent sur l’emploi des jeunes, les TIC et l’esprit d’entreprise.
Parmi les autres orateurs principaux figuraient le ministre rwandais de l’Agriculture et des Ressources animales, Geraldine Mukeshimana, le commissaire de l’Union africaine pour l’Economie rurale et l’Agriculture, Josefa Leonel Correia Sacko et le Directeur général de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, Li Yong.

Demande en hausse

M. Graziano da Silva a noté que la demande alimentaire en Afrique devrait augmenter de plus de 50 % dans les années à venir, en raison de la croissance démographique continue, de l’urbanisation rapide et des changements alimentaires, à mesure que les revenus des ménages augmentent. La Banque mondiale s’attend à ce que les entreprises agro-alimentaires africaines créent un marché d’une valeur de 1.000 milliards de dollars d’ici 2030.
Les secteurs agricoles ont donc « un potentiel inestimable et inexploité pour relever le défi du chômage des jeunes, mais il est bien connu que les jeunes qui cherchent à gagner leur vie grâce à l’agriculture sont confrontés à de nombreuses contraintes », a souligné M. Graziano da Silva.

Atouts de la jeunesse

Il a noté que les jeunes étaient généralement employés de manière occasionnelle ou saisonnière, avec un accès limité à une éducation et à une formation technique pertinentes ; un accès limité au financement, à l’information et aux marchés ; et une faible implication dans les processus de prise de décision.
« Ces contraintes deviennent un goulot d’étranglement qui empêche également les jeunes de créer leur propre entreprise agricole. En conséquence, les jeunes ruraux migrent », a-t-il constaté.
« Dans les années à venir, de plus en plus d’activités agricoles et d’emplois nécessiteront des compétences numériques », a-t-il indiqué, ajoutant que : « les coopératives ou autres formes d’association représentent le meilleur moyen de fournir aux agriculteurs familiaux et aux jeunes professionnels une assistance technique, un renforcement des capacités et un accès aux technologies modernes ».

Transformation rurale

Le Directeur général de la FAO a également déclaré qu’il fallait « penser au-delà des emplois agricoles » et explorer les possibilités d’emploi dans la chaîne agro-alimentaire. 
La demande croissante de produits de grande valeur dans les zones urbaines offre également de multiples possibilités d’emploi dans la transformation, la distribution, la commercialisation et la vente au détail de produits alimentaires.
Pour y parvenir, il faut « un nouveau type de transformation rurale », ce qui signifie équiper les zones rurales de services de base tels que l’éducation, la santé, l’électricité, l’accès à Internet, etc. « Ces services sont eux-mêmes une autre source importante d’emploi, en particulier pour les femmes et les jeunes », a estimé M. Graziano da Silva.
Le Directeur général a déclaré aux participants à la conférence que la FAO continuera à renforcer ses activités pour aider les pays à exploiter le potentiel des systèmes agricoles et alimentaires, afin de créer davantage de possibilités d’emploi pour les jeunes.

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Out of Africa : pourquoi les investisseurs quittent l’Afrique ?

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Chronique PAROLES D’AVOCATS (8/10). La baisse des investissements étrangers en Afrique se ressent depuis plusieurs années et s’accentue.

Le continent africain est devenu, depuis une vingtaine d’années, un nouvel eldorado pour les investisseurs étrangers grâce aux nombreuses opportunités offertes et à sa forte croissance. Il continue, aujourd’hui encore, à attirer de nouveaux investisseurs. Néanmoins, depuis quelques années, nous observons une baisse des investissements étrangers en Afrique. Selon le rapport récent de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) sur l’investissement dans le monde en 2018, l’investissement des sociétés étrangères en Afrique est en baisse depuis 2015 (56.633 millions de dollars en 2015, 53.190 millions de dollars en 2016, et 41.772 millions de dollars en 2017).

Un investissement pas toujours rentable

Certaines sociétés font le choix de recentrer leurs stratégies d’investissement et leurs portefeuilles d’actifs dans des zones géographiques et des secteurs plus porteurs, estimant que l’Afrique ne répond plus à leurs attentes en termes de rentabilités par rapport au temps investi, aux risques et aux coûts engendrés. D’autres deviennent de plus en plus sensibles et attentifs aux risques de conformité liés à la corruption, à la fraude, ou aux problèmes juridiques et réglementaires, ainsi qu’aux risques liés à la sécurité et/ou aux revendications de nombreuses ONG et communautés locales. Par ailleurs, les nombreux audits et les contentieux fiscaux, les renégociations d’accords gouvernementaux, ou l’augmentation des restrictions à l’exportation, constituent des freins pour les investisseurs étrangers qui souhaitent s’installer durablement sur le continent.

Investir autrement

Certaines entreprises décident de rester, mais changent leurs stratégies et la manière dont ils font des affaires sur le continent. Une stratégie sur le long terme pourrait être avantageuse, là où un retrait total impliquerait un retour difficile et coûteux sur le marché africain. De plus, certaines entreprises jouissent d’anciens accords avantageux qu’elles ne veulent pas voir remis en cause. Un investisseur pourrait envisager de rester dans un pays à travers un modèle différent : peut-être en travaillant avec un distributeur local, ou en maintenant une activité beaucoup plus réduite.

Ce n’est qu’un au revoir

Lorsqu’une entreprise envisage de se retirer complètement d’un marché, il est toujours conseillé de le faire prudemment. Un retrait mal anticipé peut avoir des conséquences néfastes sur la réputation d’une entreprise tant localement que dans les pays voisins et ce, pour de nombreuses années. Une communication transparente avec l’ensemble des parties prenantes – gouvernements, partenaires, employés, management, communautés locales et la population toute entière – est un élément clef afin de mener au mieux un retrait du marché africain, où cette communication est particulièrement appréciée. Toutefois, la confidentialité est, elle aussi, essentielle, d’autant plus qu’au sein de certains secteurs d’activités africains, les rumeurs se répandent très vite.

Planifier le retrait

Il est primordial que les investisseurs analysent toutes les stratégies possibles de retrait avant même d’investir. Des restrictions de transfert dans les contrats et dans les réglementations sont des éléments à anticiper avec une attention particulière pour permettre à l’investisseur de structurer ses investissements en conséquence. Toutefois, les lois et la façon de les interpréter peuvent évoluer (par exemple, en matière d’impôt sur la plus-value).

Trouver un acheteur

Le succès d’une stratégie de retrait réussie réside en partie dans le choix d’un bon repreneur. Si les parties prenantes sont rassurées par le fait que l’acheteur entrant est un investisseur sérieux et qui connaît bien le marché, c’est déjà une première victoire. Vendre à un acheteur local, à un acheteur africain ou à un acheteur ayant une bonne réputation dans la région, est souvent une bonne stratégie et sera apprécié localement.

L’entreprise sortante sera à la recherche d’une stratégie de retrait la moins risquée et cherchera un repreneur qui facilitera l’obtention d’accords ministériels, des autorités de concurrence, ou de tiers. Néanmoins, il est important de comprendre que cette démarche peut prendre du temps et « qu’au bout de la patience, il y a le ciel » (Proverbe africain).

Cette chronique vous est proposée dans le cadre d’une série d’été.

Par Rebecca Major, avocate, associée du cabinet Herbert Smith Freehills.

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